Exportations marocaines et MACF/CBAM : exposition, impacts et compétitivité à l'export

Exportations marocaines et MACF/CBAM : exposition, impacts et compétitivité à l'export
Analyse économique et stratégique – 4 novembre 2026

Le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), également appelé CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), transforme progressivement les conditions d'accès au marché européen. Pour les exportateurs marocains, l'enjeu ne se limite plus aux volumes exportés, aux coûts de production ou à la qualité des produits. La capacité à mesurer, documenter et justifier les émissions de gaz à effet de serre devient désormais un véritable facteur de compétitivité internationale.
Si l'exposition directe du Maroc au mécanisme reste relativement limitée en 2026, avec environ 3,7 % des exportations vers l'Union européenne concernées, les conséquences potentielles à moyen terme méritent une attention particulière. Les engrais, notamment ceux du groupe OCP, concentrent l'essentiel de cette exposition. L'extension envisagée du dispositif à certains produits industriels en aval à partir de 2028 pourrait également élargir le nombre d'entreprises concernées.
Au-delà de la contrainte réglementaire, le MACF pose une question stratégique : le Maroc sera-t-il en mesure de préserver la compétitivité de ses exportations européennes grâce à une meilleure maîtrise de leur empreinte carbone ?

1. Le MACF en 2026 : une nouvelle réalité pour les exportateurs

La phase définitive du MACF a débuté le 1er janvier 2026. Le mécanisme couvre actuellement six grandes catégories de produits : le ciment, le fer et l'acier, l'aluminium, les engrais, l'électricité et l'hydrogène.
Les premières obligations financières concernent les importations réalisées en 2026. Les certificats correspondants seront disponibles à partir du 1er février 2027, tandis que la première déclaration devra être effectuée au plus tard le 30 septembre 2027.
Le mécanisme repose sur un principe essentiel : faire supporter aux importations une charge carbone comparable à celle supportée par les producteurs européens soumis au système européen d'échange de quotas d'émission (ETS).
L'importateur européen est responsable de l'acquisition des certificats MACF. Toutefois, cette charge financière peut être répercutée, totalement ou partiellement, sur les fournisseurs étrangers lors des négociations commerciales.
Le calendrier de montée en puissance est progressif. Le facteur MACF est de 2,5 % en 2026, 5 % en 2027, 10 % en 2028, 22,5 % en 2029 et 48,5 % en 2030. Il atteindra progressivement 100 % en 2034.
Cette évolution signifie que l'impact économique du mécanisme augmentera avec le temps, renforçant l'importance de la performance carbone des produits exportés.

2. Quelle exposition pour les exportations marocaines ?

Le marché européen représente une destination majeure pour les exportations marocaines. Selon les périmètres et les sources retenus, sa part se situe entre 60 et 70 % des exportations.
Cependant, seule une fraction de ces échanges relève actuellement du périmètre direct du MACF.
Les estimations disponibles situent cette exposition autour de 3,7 % des exportations marocaines vers l'Union européenne, dont 2,9 points pour les engrais.
Cette concentration sectorielle est importante à souligner. Les engrais représentent environ 15,6 % des exportations marocaines totales en 2025, mais cela ne signifie pas que l'ensemble de cette production est soumis au MACF. Une partie importante des ventes est destinée à des marchés situés hors de l'Union européenne.
Certaines projections économiques évoquent néanmoins une exposition supérieure à 10 % des exportations marocaines à l'horizon 2030, en fonction de l'évolution du mécanisme et de son extension à de nouveaux produits.
Ces estimations doivent être interprétées avec prudence, car elles ne reposent pas nécessairement sur les mêmes périmètres statistiques.

3. Les secteurs marocains face au MACF

Les engrais : le principal point de vigilance
La filière des engrais constitue le principal secteur directement exposé au mécanisme.
Le Maroc occupe une position stratégique sur le marché européen. En 2025, il est devenu le premier fournisseur d'engrais de l'Union européenne, avec environ 19 % des importations européennes de cette catégorie selon les données citées dans cette analyse.
L'enjeu concerne principalement les émissions associées à la production d'ammoniac, un intrant essentiel dans la fabrication de nombreux engrais azotés.
L'intensité carbone de l'ammoniac varie selon les procédés de fabrication et les sources d'énergie utilisées. Elle peut également dépendre de l'origine des approvisionnements extérieurs.
Pour OCP, la maîtrise des émissions de ses fournisseurs constitue donc un élément important de la performance carbone de ses produits.
Les ambitions du groupe en matière d'énergies renouvelables, de développement de l'ammoniac vert et de neutralité carbone à l'horizon 2040 représentent des leviers stratégiques pour préserver sa compétitivité.
L'acier : un avantage potentiel lié à l'électricité
Le secteur de l'acier présente une exposition intermédiaire.
L'utilisation de fours électriques et le recours à une électricité moins carbonée peuvent contribuer à améliorer la performance environnementale de la production.
Sonasid, notamment, met en avant l'utilisation d'électricité verte dans ses activités.
Toutefois, un point réglementaire mérite une attention particulière : les émissions indirectes liées à l'électricité ne sont pas prises en compte de manière identique pour tous les secteurs dans le MACF. L'avantage procuré par une électricité renouvelable doit donc être apprécié au regard des règles applicables aux produits concernés.

Le ciment : une exposition plus limitée, mais réelle

Le ciment présente une exposition directe relativement faible dans les estimations de coûts étudiées pour 2026.
Néanmoins, les émissions liées à la fabrication du clinker, aux combustibles et à la consommation électrique constituent des éléments déterminants pour son empreinte carbone.
La capacité des cimentiers marocains à mesurer et à réduire ces émissions sera importante pour maintenir leur positionnement sur les marchés européens.

L'aluminium, l'électricité et l'hydrogène vert

Les volumes d'aluminium marocain exportés vers l'Union européenne restent relativement limités.
L'électricité représente un enjeu particulier pour le Maroc, notamment en raison de son interconnexion avec le réseau européen. La disponibilité de facteurs d'émission fiables est essentielle pour justifier le contenu carbone de l'électricité consommée.
L'hydrogène vert constitue quant à lui une opportunité stratégique. Le Maroc dispose d'un potentiel important dans les énergies renouvelables, mais la commercialisation de cette production sur le marché européen nécessitera de démontrer le respect des critères réglementaires applicables, notamment ceux relatifs aux carburants renouvelables d'origine non biologique (RFNBO).

Les industries aval : anticiper l'évolution de 2028

L'extension envisagée du MACF à certains produits en acier et en aluminium pourrait concerner de nouvelles activités industrielles à partir de 2028.
Les fixations, les fils, les tubes, certains composants automobiles et les structures métalliques figurent parmi les catégories à surveiller.
L'industrie automobile marocaine, qui représente un secteur majeur des exportations nationales, devra notamment suivre l'évolution des listes définitives de produits concernés.
Le textile et l'agroalimentaire ne figurent pas dans les listes de produits aval examinées dans cette analyse. Leur exposition peut néanmoins passer indirectement par les exigences carbone imposées par leurs clients européens.

4. Le véritable enjeu : les données d'émissions

Le MACF ne constitue pas uniquement une incitation à réduire les émissions. Il impose également une exigence de mesure et de traçabilité.
Une entreprise qui ne dispose pas de données fiables sur les émissions incorporées dans ses produits risque de subir les conséquences de l'utilisation de valeurs par défaut.
Ces valeurs peuvent être majorées et entraîner une charge carbone supérieure à celle qui aurait été calculée à partir de données réelles vérifiées.
L'illustration présentée dans cette étude montre l'importance économique de cette différence.
Pour une tonne d'ammoniac, la simulation compare deux situations : l'utilisation de données réelles supposées proches du benchmark européen et le recours à des valeurs par défaut majorées.
Sur la base des hypothèses retenues, la charge MACF pourrait atteindre environ 87 euros par tonne en 2026 avec les valeurs par défaut, contre environ 3 euros avec des données réelles proches du benchmark.
L'écart se maintient dans les projections à long terme et atteint environ 124 euros par tonne en 2030.
Il s'agit d'un calcul illustratif fondé sur des hypothèses de prix du carbone et d'émissions, et non d'une simulation réglementaire applicable à toutes les entreprises.
Cette comparaison met en évidence une réalité économique : la qualité des données carbone peut avoir une incidence directe sur les conditions commerciales et la compétitivité d'un exportateur.

5. Le Maroc face au défi de la traçabilité carbone

Le Maroc a engagé plusieurs initiatives visant à structurer progressivement son cadre national relatif au carbone et à la transition énergétique.
Le projet de loi 62.25 relatif aux changements climatiques et au marché du carbone constitue une évolution importante. Il prévoit notamment des dispositifs institutionnels destinés à renforcer la transparence et l'organisation du marché carbone national.
Cependant, plusieurs questions restent à clarifier.
La première concerne le statut opérationnel du prix national du carbone et les conditions de sa reconnaissance dans le cadre du MACF européen. La possibilité de déduire un prix du carbone déjà payé dans un pays tiers dépend de conditions réglementaires et de justificatifs précis.
La deuxième concerne le facteur d'émission du réseau électrique marocain. Les valeurs disponibles dans différentes publications présentent des écarts importants et aucune valeur officielle conforme à la méthodologie européenne n'a été clairement établie dans les éléments examinés.
Cette question est particulièrement importante pour les secteurs dont les émissions indirectes liées à l'électricité entrent dans le calcul réglementaire.
Enfin, le développement des énergies renouvelables doit s'accompagner de capacités suffisantes de stockage et de dispositifs de certification permettant de justifier l'origine de l'électricité consommée.
La transition énergétique et la traçabilité carbone doivent donc progresser conjointement.

6. Sept priorités pour préserver la compétitivité des exportateurs marocains

Face à ces évolutions, plusieurs actions apparaissent prioritaires.
Première priorité : fiabiliser les données d'émissions.
Les entreprises doivent mesurer leurs émissions par installation et par produit, identifier les principaux postes d'émissions et organiser la vérification des informations nécessaires à leurs déclarations.

Deuxième priorité : améliorer la traçabilité de l'électricité.

La disponibilité de facteurs d'émission fiables et de garanties d'origine permettra de mieux documenter le contenu carbone de l'électricité utilisée dans les processus industriels.
Troisième priorité : clarifier le prix national du carbone.
Le Maroc doit préciser les conditions permettant de démontrer qu'un prix du carbone a effectivement été payé et de justifier sa prise en compte dans le cadre européen.

Quatrième priorité : sécuriser les approvisionnements industriels.

Les entreprises doivent intégrer les émissions associées à leurs matières premières et à leurs fournisseurs dans leur analyse carbone.

Cinquième priorité : accompagner les PME industrielles.

Les sous-traitants et les PME doivent développer leurs capacités de mesure, de reporting et de suivi des émissions afin d'anticiper les évolutions réglementaires envisagées pour 2028.

Sixième priorité : construire des scénarios économiques.

Les entreprises doivent suivre l'évolution du prix du carbone européen, du périmètre des produits concernés et du calendrier réglementaire afin d'évaluer les conséquences sur leurs coûts et leurs marges.

Septième priorité : renforcer la coopération avec l'Union européenne.

La reconnaissance des données d'émissions, des dispositifs de certification et des mécanismes nationaux constitue un enjeu important pour faciliter les échanges commerciaux.

7. Décarbonation : une nécessité économique et concurrentielle

Le MACF marque une transformation progressive des règles de concurrence sur le marché européen.
La performance environnementale devient un élément de différenciation industrielle, au même titre que les coûts de production, la qualité des produits et la fiabilité des approvisionnements.
Pour les entreprises marocaines, anticiper cette évolution implique de connaître leur empreinte carbone, de comprendre leurs émissions directes et indirectes et de définir des actions de réduction adaptées à leurs activités.
La réalisation d'un bilan des émissions de gaz à effet de serre permet notamment d'identifier les principaux postes d'émissions et de construire une stratégie de décarbonation cohérente.
La mesure, la traçabilité et la réduction des émissions doivent ainsi être considérées comme trois dimensions complémentaires de la compétitivité industrielle.

8. Le regard de Pasarela Consulting

Pour Pasarela Consulting, le MACF ne doit pas être considéré uniquement comme une contrainte réglementaire européenne. Il représente également un signal stratégique pour les entreprises marocaines qui souhaitent préserver leur positionnement sur les marchés internationaux et renforcer leur attractivité auprès des donneurs d'ordre et des investisseurs.
L'anticipation des exigences carbone, la compréhension des émissions directes et indirectes et la mise en place d'une démarche structurée de décarbonation deviennent des facteurs essentiels de préparation aux transformations du commerce international.
La capacité à produire des données carbone fiables et à démontrer une trajectoire de réduction des émissions pourrait progressivement devenir un avantage concurrentiel déterminant.
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décarbonation et à la transition bas carbone des entreprises.

En 2026, l'exposition directe des exportations marocaines au MACF demeure relativement limitée. Toutefois, cette situation ne doit pas masquer les transformations à venir.
La montée progressive du facteur MACF, l'évolution du périmètre réglementaire et les exigences croissantes des clients européens vont renforcer l'importance de la performance carbone des produits.
Pour les exportateurs marocains, la priorité est désormais de connaître leurs émissions, de disposer de données vérifiables et d'engager suffisamment tôt leur transition bas carbone.
Dans ce nouveau contexte économique, la donnée carbone devient un véritable actif stratégique au service de la compétitivité internationale.

Sources et références
Cette analyse s'appuie sur des publications et travaux de la Commission européenne, de la Banque mondiale, du Conseil économique, social et environnemental du Maroc, du Policy Center for the New South, de la délégation de l'Union européenne au Maroc, ainsi que sur des analyses sectorielles et des publications économiques marocaines.
Les estimations et projections présentées doivent être interprétées en tenant compte des différences de périmètre entre les sources. Les calculs illustratifs ne constituent pas des simulations réglementaires individuelles.
Pasarela Consulting
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